L’HISTOIRE FAMILIALE, À LA FOIS BLESSURE ET REMÈDE

Le voyage dans le temps des émotions avec l’EMDR Transpersonnelle

Un peu d’humour pour illustrer cet article sur les mémoires familiales que nous pouvons porter sans nous en douter, pour le meilleure comme pour le pire…

Et oui! Qu’on le veuille ou non, nous sommes les dignes héritiers de nos ancêtres. On peut d’ailleurs porter leurs mémoires avec fierté, ou au contraire être conscients des limites de leurs comporements dans la vie. Lorsqu’ils se plongent dans une démarche psycho-généalogique, certains ont peur du « cadavre dans le placard ». Heureusement cela est rarement le cas !

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Publié le : 11 Oct, 2024

Parfois douloureux, parfois limitant, notre corps est aussi un allié pour aller de l’avant. Par ses manifestations, il signale les déséquilibres, les dangers – vitaux ou non ; il est traversé des émotions qui vibrent la vie. Pourtant il arrive qu’on le traite à distance, d’ailleurs très souvent on parle de lui à la 3è personne, en oubliant presque qu’il est « je ». 

Ainsi notre langage reflète l’héritage d’une séparation du corps et de l’esprit : dans mon approche, je vais ramener en permanence le  « corps » à « vous », à « je ». Se rassembler, se ré-unir, c’est en fait, selon moi, un incontournable du cheminement personnel, pour sortir des conflits intérieurs en tous genres. Cela passe entre autres par la re-connaissance de sa vie intérieure, de ses sensations, de ses émotions, de ses sentiments. Et se rassembler, c’est aussi aller chercher les bouts de soi qui sont restés coincés dans le passé, la plupart du temps à cause d’expériences et d’émotions trop fortes. C’est tout le projet de l’EMDR Transpersonnelle.

Pour aborder cet outil, je dois introduire quelques explications sur les émotions, ensuite la mémoire, du point du vue du cerveau.

En préambule (1) : Les émotions en pagaille

 

Les émotions peuvent être complexes à gérer. On les néglige, on les ignore ou on les oublie parce qu’elles sont éprouvantes, parce qu’elles racontent quelque chose de douloureux, ou parce qu’on n’a simplement pas appris à décoder notre corps, à percevoir l’émotion.

N’empêche, notre corps, lui, en sait quelque chose : la médecine traditionnelle chinoise ne sépare d’ailleurs pas la dimension fonctionnelle des organes de l’émotionnelle. Les émotions sont perçues par notre système nerveux, qui transmet ses perceptions à notre cerveau, en particulier à la partie « limbique ». C’est elle qui les « vit » de plein fouet : c’est la spécialiste de l’émotion et plus largement, de notre vie affective. Elle travaille main dans la main avec le néocortex, une autre partie du cerveau qui est capable de l’analyse, et de nommer le vécu.

Le néocortex écoute le cerveau limbique et il tire ses conclusions : par exemple une grande peur quand « je » s’est trouvé au milieu de la route et qu’une voiture l’a frolé(e). Conclusion : Traverser la route = danger potentiel = se mettre en sécurité.

En plus, le cerveau limbique conserve des traces des événements émotionnels les plus intenses, d’ailleurs visibles sous les ondes des radiologues.

En son sein, il y a l’« amande », l’amygdale. Elle contribue à sonner l’alerte, notamment quand un danger se présente ; à reconnaître l’expression d’un panel d’émotions, chez soi et chez les autres. Elle travaille en collaboration avec d’autres organes, notamment avec l’hippocampe, siège de la mémoire.

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En préambule (2) : La mémoire est « multimodale ».

 

La mémoire est une bibliothèque de savoirs de tous ordres. On peut traduire ces savoirs en images (vous avez une photo intérieure du camping de l’été dernier), en odeurs (la madeleine de Proust), en goût, en sons (on entend encore les paroles encourageantes de l’enseignante qu’on a aimé), également en mouvements – la « kinesthésie ». Les sportifs, les musiciens, les artistes, les artisans, les manutentionnaires connaissent bien la mémoire du corps : quand notre esprit ne sait plus, notre corps lui, se souvient du « bon » geste à effectuer.

En plus, l’accès à un souvenir dans le cerveau se fait par analogie, c’est pourquoi le détail d’une expérience peut raviver nos souvenirs. Y compris les plus douloureux. Par exemple, une femme peut sursauter lorsque le téléphone sonne l’après-midi, l’été. Consciemment, elle ne comprend pas pourquoi. Son corps se souvient, lui, de la même sonnerie du téléphone par une journée ensoleillée (mémoire auditive), lui annonçant l’accident de son fils 10 ans plus tôt. C’est un exemple de réaction que nombre de personnes anxieuses vivent quotidiennement, et que l’EMDR Transpersonnelle peut contribuer à désarmorcer.

En quoi consiste l’EMDR Transpersonnelle – Libération des Mémoires par Mouvements Alternés® ?

 

Avec l’EMDR Transpersonnelle – LMMA®, je vous accompagne à effectuer des mouvements alternés via les yeux (mouvements gauche-droite), les oreilles (avec une alternance de sons diffusés oreille gauche-oreille droite) ou des tapotements sur les genoux. Nous activons ainsi votre système perceptif (visuel, auditif, kinesthésique). Semblables aux mouvements oculaires lors du sommeil, ces mouvements alternés enclenchent l’activation des trois zones cérébrales affectées lors d’un événement choquant : amygdale (émotions), hippocampe (mémoire) et aire de Broca (langage).

Définir une cible

Avant d’entamer toute séance d’EMDR Transpersonnelle, la discussion est indispensable afin de cerner votre problématique et de cibler dans votre histoire les possibles événements en lien avec elle. Les mouvements alternés vont ensuite permettre de travailler leurs traces émotionnelles afin qu’elles ne vous envahissent plus.

La séance démarre à partir d’un point de départ précis. Ce point de départ est en lien avec un souvenir douloureux, encodé en image, en sensation, émotion, phrase-clé… Il peut n’y avoir aucune image claire de ce souvenir, qui peut se traduire uniquement par exemple, en sensation.

Un parcours d’associations en associations…

Les mouvements alternés vont enclencher un phénomène cérébral : comme pendant le sommeil, des associations vont se former à votre insu. Ainsi des émotions inattendues peuvent surgir, des souvenirs se rappeler à vous, sans lien avec le point de départ. Toutefois, pour les zones cérébrales concernées, tout est parfaitement cohérent.

Comme si le point de départ était l’hameçon et que l’on remontait des méandres de la mémoire tout un tas d’expériences limitantes (encodées en émotions, sensations, impressions, images…) en lien de près ou de loin avec lui. Si je prends l’image d’un fil à linge, il y aurait des vêtements, mais aussi des souliers, des torchons, des seaux, des outils, des branchages, des casseroles… Qui auraient tous à un moment donné, un point commun, une logique, tous entre eux, ou uniquement certains (qui pourraient alors former des groupes).

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…Sécurisé…

Il m’importe de vous préciser que la grande force de cette méthode est qu’elle ne dépend (quasiment) que de vous. Votre système entier, si je puis dire, est aux commandes : autrement dit, un souvenir qui ne serait pas gérable pour vous, ne surgira pas. Car votre psyché reste à l’œuvre, avec ses stratégies de protection. C’est vraiment l’un des atouts majeurs de cette approche : elle est sécure.

…Vers un état désiré, ressource pour vous

Initialement, nous fixons ensemble un objectif, un état désiré ressource qui viendra remplacer le point de départ souffrant. Ce point de départ est un résidu du passé qui envahit le présent. On peut aussi le décrire comme une partie de soi, souffrante, restée coincée dans le passé. A travers l’exercice des mouvements alternés, cette partie de soi peut voyager dans le temps en se transformant grâce aux organes « réanimés ». Elle rejoint notre présent selon l’état désiré. Nous accompagnons ainsi le corps à « archiver » l’expérience douloureuse, notamment en réintégrant le langage,en mettant les mots, au fil des séries de mouvements.

Ces séances sont donc souvent riches en émotions. Selon l’histoire de chacun, et selon notre personnalité, elles peuvent être intenses et il est important d’être prêt à se laisser vivre ces émotions le temps des séances. Il serait aussi tout à fait justifié de refuser un tel « voyage ». Dans ce cas, une autre technique, l’Intégration de la Ligne du Temps, est une alternative efficace. Il fera l’objet d’un prochain article.

L’EMDR Transpersonnelle permet de voyager dans le temps !

L’EMDR Transpersonnelle permet de travailler sur sa ligne de vie individuelle, mais également sur les héritages transgénérationnels qui nous traversent : c’est aussi un outil au service de la psychogénéalogie évolutive®. Pour se rassembler, se ré-unir, et dans un tel cas, transformer ou lâcher d’autres « bouts », non plus les nôtres mais ceux de nos aïeuls. Toute une aventure !

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Pour poursuivre…

De nombreux ouvrages sont parus sur la pratique de l’Eye Movement Desensitization and Reprocessing, technique parente de l’EMDR Transpersonnelle. Je conseillerais vivement de vous tourner vers des auteurs spécialistes du sujet, telle que l’initiatrice de la méthode, Francine Chapiro, ou par exemple l’un des principaux représentants de la technique en France, Cyril Tarquinio.

Mon conseil de lecture sera plutôt un roman, magnifique, de l’autrice sud-coréenne Sohn Won-Pyung, Amande, traduit chez Pocket Jeunesse. Le jeune héros est privé de son amande : son amygdale. Le livre est une démonstration magistrale de notre besoin de ressentir, de vivre le monde à travers nos émotions ; combien en être coupé peut aussi être souffrant, et comment elles nous permettent de rencontrer l’Autre. Pour celles et ceux qui auraient besoin de se réconcilier avec leurs ressentis, et pour tous les autres.